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La Lozère en alerte face au loup… la MSA à l'écoute des éleveurs !

Mis à jour le 06/01/2017

Cet article a été publié dans Le Réveil Lozère du 1er décembre 2016.
Depuis 2012, les attaques de loup s'intensifient, laissant des éleveurs démunis et désemparés. La MSA du Languedoc est mobilisée sur ce dossier.

Face à cette situation alarmante, la MSA reste en veille perpétuelle pour répondre aux attentes de ses assurés. Nous sommes allés à la rencontre de deux agriculteurs pour comprendre ce phénomène et communiquer sur un problème à la fois environnemental, économique et politique. En présence de Cédric Saur, président de la MSA du Languedoc, François-Xavier Pradeilles, président du comité départementale de la Lozère, Martine Chaptal, présidente de l'échelon local sud-est (membre du comité départemental), Michel Pratlong, vice-président de l'échelon local sud-est (membre du comité départemental) et Gérard Molines, conseiller en prévention des risques professionnels, nous nous sommes rendus sur le Causse Méjean. Nous avons discuté avec Christian Robert, 52 ans agriculteur installé depuis 1983, ayant repris l'exploitation familiale. Il possède un troupeau de 450 bêtes, son exploitation est située à Carnac entre Ste Enimie et Meyrueis. Depuis des années, Christian élève des brebis pour la production du roquefort. Afin d'éviter les grosses chaleurs et permettre à ses brebis une meilleure alimentation, il sortait ses brebis la nuit et les rentrait vers 7h du matin pour la traite. « Avant, on avait l'habitude auparavant de laisser les bêtes 5 mois dehors. On les sortait début mai et pendant 5 mois, elles étaient tranquilles. Mais tout ça c'est fini ! Avec les attaques, on est obligé de limiter les sorties et d'avoir le troupeau tout le temps sous surveillance ».

« Les parcelles clôturées, c'est du pipeau ! »
C'est en 2012 qu'apparaissent les premières attaques de loup. Christian comptabilise une quinzaine d'attaques (brebis mortes ou blessées), de jour comme de nuit et ce, malgré la mise en place de clôtures et de filets de protection. « Les parcelles clôturées, c'est du pipeau ! Les clôtures ne font que 90 cm de hauteur, le loup les saute facilement. depuis cette année, du fait que nous soyons contraints de rentrer les animaux la nuit, nous constatons qu'il y a des attaques même la journée ! Economiquement aussi c'est très dur car lors des périodes de fortes chaleurs, les animaux pâturaient la nuit, ce qui permettait de maintenir un bon niveau de production. Avec la pâture de jour, c'est différent les animaux mangent très peu, ce n'est plus gérable ! »
En roulant un peu plus dans les terres, au lieu-dit Saint Come, nous retrouvons Eric Moreau, éleveur ovin pour la viande en bio. Cet homme de 55 ans est installé depuis 1997. Depuis 5 ans, il subit des pertes sérieuses. Entre les disparitions d'agneaux et les brebis qui avortent, il comptabilise une perte d'environ cent agneaux par an. Sa production est très touchée. « A ce rythme, la biodiversité va se casser la figure et tout le monde passera en élevage hors-sol. » Autrement dit, des animaux sans accès aux prairies, élevés dans des bâtiments et nourris avec des aliments transformés. Pour ces éleveurs, pas de doute, la filière ovine de la Lozère est en danger. Alors qu'elle se remettait à peine de la crise de 2014, voilà que l'arrivée du loup lui porte un nouveau coup sévère.

Il n'y a pas que la bête tuée mais tout ce qu'il y a autour
Outre le fait de perdre un animal, il y a tout un processus qui traduit le malaise des éleveurs. A devoir travailler le jour et surveiller son troupeau la nuit, le berger ne dort plus. « Le contrat de travail du berger est de 35 heures, fait remarquer Christian. Est-il honoré ? »
Le manque de sommeil joue sur leur moral, ils sont fatigués, stressés et les congés se font rares. « La vie de famille prend un sacré coup » constate Martine Chaptal. « Cette surcharge de travail nous pousse à l'isolement, continue Eric. On voit de moins en moins de monde et on perd le travail collectif. Notre vie sociale devient inexistante et notre vie de famille n'a plus d'alternative que la surveillance du troupeau, en limitant au maximum les absences et sans vacances. » Eric et Christian ont le coeur très gros, ils décrivent le spectacle atroce lorsqu'ils arrivent après une attaque " C'est horrible ! Des animaux morts, ou agonisants, avec des blessures impressionnantes. La souffrance des bêtes blessées est énorme. Et il ne faut surtout pas oublier que nous sommes avant tout des bergers qui aimons nos animaux, c'est très dur pour nous ! »
Les sorties des brebis se font à petite dose, elles restent enfermées la plupart du temps et se nourrissent des réserves d'hiver, ce qui fait diminuer les stocks et génère un coût supplémentaire. François-Xavier Pradeilles aborde aussi le sujet de la génétique « quand on perd une brebis, on ne pense pas aux années de sélection qu'il y a derrière et qu'on ne retrouvera jamais ! La génétique c'est des années de travail ! »
« Sans compter la fermeture progressive mais bien réelle des milieux entraînant la prolifération des sangliers qui s'attaquent aux cultures. Il y a beaucoup plus de conséquences qu'il n'y paraît » souligne Michel Pratlong. « Et on entend également des gens dire qu'il y a des attaques parce que les bergers ne savent pas faire leur métier. C'est très dur de faire face à ces accusations ! »

Les indemnisations sont longues et peu payantes
Lorsqu'un éleveur est touché par une attaque, il doit faire des démarches auprès de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) ou du Parc National des Cévennes (PNC). Suivant le constat établi, si le résultat est « loup non écarté », il peut y avoir indemnisation. Mais si le résultat est « loup écarté », l'affaire est classée. « Il ne faut pas croire, les démarches sont compliquées et aboutissent parfois à un résultat nul, complète Christian. « Lorsqu'il y a des pertes, il faut encore qu'on arrive à prouver que c'est bien à cause du loup ; car les vautours guettent et s'en prennent aux cadavres, le constat est alors faussé ! » Eric et Christian nous interpellent sur la présence de vautours au dessus de nos têtes. Ils nous expliquent qu'il n'y a pas de temps à perdre lorsqu'ils découvrent que le troupeau a été attaqué. Ils doivent agir vite, couvrir les cadavres pour garder les morsures du loup intactes, sinon le constat des dommages ne permettra pas d'accorder une indemnisation.
Eric avoue même qu'il n'a pas déclaré les deux dernières attaques, les preuves étaient insuffisantes. Il ne voulait pas entamer un processus risquant de ne pas aboutir. « Normalement, le chargement c'est une brebis par hectare. Si le loup attaque, comment voulez-vous qu'on respecte ce quota ? Si le quota n'est pas respecté, on peut nous sucrer les primes, c'est difficile de s'en sortir ! Au niveau de l'entretien des parcelles aussi, le fait de faire moins pâturer, par crainte d'une attaque, nous expose aussi à des sanctions », enchaîne Christian.
Lorsqu'il y a indemnisation, le délai de paiement est long, entre trois et quatre mois.   
Les deux éleveurs ne croient plus en un avenir serein. Hors de question pour leurs enfants respectifs de reprendre l'exploitation familiale. Ils ont essayé, ils ont rencontré bien des difficultés. Ils se sont orientés vers d'autres voies. Christian se demande même s'il finira sa carrière en tant qu'agriculteur.



La MSA, toujours à l'écoute


La MSA reste au plus proche de ses adhérents qu'elle accompagne lors de situations de crise. Eric et Christian sont en relation avec le service action sanitaire et sociale (ASS) et le service de prévention des risques professionnels (PRP) qui leur proposent un soutien pour surmonter ces périodes difficiles.
« Ces agriculteurs subissent une perte de revenu, ils ont une surcharge de travail importante dans une filière déjà difficile et ils se retrouvent parfois face à une population fermée qui ne comprend pas leur métier, plaide Cédric Saur. Notre rôle, c'est d'être à l'écoute, de leur montrer qu'ils ne sont pas seuls dans ce combat et de les accompagner, de trouver des solutions avec eux et pour eux. Je ne suis pas là pour juger du bien fondé de la coexistence entre le loup et l'homme, mais pour soutenir les agriculteurs subissant ces attaques. »




Pour vous écouter et vous accompagner, la MSA du Languedoc a mis en place une cellule d'écoute. Son rôle est de vous permettre d'exprimer et d'évacuer le stress lié à cet évènement. Vous pouvez la contacter au :
04 67 34 84 20
 du lundi au vendredi de 8h30 à 16h30


Vous pouvez également contacter un numéro national qui reçoit et traite votre appel anonymement. En effet, si vous-même ou quelqu'un de votre entourage est en situation de détresse psychologique, ne restez pas seul face aux difficultés, contactez :
Agri'écoute
09 69 39 29 19
accessible 24h/24 et 7j/7